Sélection d’œuvres

Entrez au cœur des collections permanentes du Musée de la Romanité avec une sélection d’œuvres emblématiques. Ces vingt pièces majeures racontent l’histoire de Nîmes, de ses origines préromaines à l’âge d’or de la cité romaine et bien au-delà.

Sculptures, mosaïques, objets du quotidien et vestiges architecturaux font revivre les gestes, les croyances et les savoir-faire anciens. Chacune de ces œuvres révèle une facette de l’histoire de la ville de Nîmes et invite à porter un regard vivant sur le passé.

Un parcours essentiel pour découvrir un patrimoine exceptionnel et plonger dans la richesse des collections permanentes du musée.

Époque préromaine

  • Guerrier de Grézan

    Guerrier de Grézan

    Calcaire du Bois des Lens
    Milieu du Ve s. av. J.-C.
    H. 74 x l. 42 x P. 30 cm
    Nîmes, quartier de Grézan, 1901
    Inv. 901.1.1

    Il émane du personnage un sentiment de puissance. Son cou est épais, son torse bombé et ses épaules larges. Il est représenté avec ses attributs : un torque à tampons sphériques au cou, une cuirasse et un grand casque à cimier, tous deux probablement en cuir. Le casque recouvre la tête et les épaules et descend jusqu’au milieu du dos.

    Le personnage porte autour de la taille une large ceinture fermée par une agrafe à quatre crochets. Celle-ci, tout comme le torque, permettrait de dater la sculpture vers le milieu du Ve siècle av. J.-C.

    Il pourrait s’agir d’un guerrier héroïsé ou d’un haut dignitaire posant dans un costume d’apparat qui fait référence au monde de la guerre.

  • Accroupi de Villa Roma

    Accroupi de Villa Roma

    Calcaire
    IIIe-IIe s. av. J.-C.
    H. 66,5 x l. 46 x P. 29,5 cm
    Nîmes, quai Clémenceau, fouilles « Villa Roma », 1992
    Inv. 992.1.1

    La zone dans laquelle a été découverte cette statue, située à l’intérieur du rempart protohistorique et à proximité de la source de la Fontaine, est occupée depuis le Ve siècle av. J.-C.

    Le personnage, masculin, porte une chasuble sur laquelle sont encore visibles des traces de pigment rouge foncé. Le buste est droit et les bras sont collés au torse. Le bras gauche et le cou sont parés respectivement d’un large bracelet et d’un torque.
    La tête, les avant-bras et les jambes ont disparu, mais la cassure au niveau des hanches suggère que le personnage devait être assis en tailleur.

    Ce type de représentations de personnage masculin – probablement un guerrier dans une pose cérémonielle – se retrouve dans la région nîmoise et en Provence occidentale, par exemple à Glanum, Roquepertuse, ou encore Entremont et date du second âge du Fer (milieu du Ve – milieu Ier s. av. J.-C.). Il appartient au groupe dit des « guerriers accroupis ».

  • Linteau avec alternance de têtes coupées et de chevaux

    Linteau avec alternance de têtes coupées et de chevaux

    Calcaire
    Milieu du IIe s. av. J.-C.
    H. 50 cm x L. 137 cm x P. 51,5 cm
    Nages-et-Solorgues, oppidum des Castels
    Découvert en 1900
    Inv. 900.2.1

    La face principale de ce linteau montre une frise de têtes et de chevaux alternés qui se déploie sous une corniche moulurée.

    Les chevaux sont figurés de manière très détaillée et réaliste.
    Les têtes sans cou, au front bombé, aux yeux en ovales allongés et aux lèvres minces, sont ourlées d‘une chevelure fournie qui redescend en tresses torsadées de part et d’autre du visage.

    Cette représentation évoque la pratique gauloise des têtes coupées, documentée par les textes antiques (Posidonius d’Apamée, Diodore de Sicile et Strabon), et attestée par la sculpture (frise des Arènes et linteau de Villa Roma à Nîmes) et l’archéologie (site du Cailar, Gard). Les têtes des ennemis prélevées sur le champ de bataille étaient exposées et considérées comme des trophées, ou préservées grâce à un traitement à l’huile de cèdre.

    La symbolique de cette représentation renvoie au domaine de la guerre et de ses élites. Le cheval incarne la puissance de la cavalerie ou le rang social du cavalier. Les figurations de têtes coupées, seules ou associées au cheval, se retrouvent également à Nîmes, Roquepertuse (Velaux) ou Entremont (Aix-en-Provence).

  • Maison de Gailhan

    Maison de Gailhan

    Reconstitution d’une habitation
    Dernier quart du Ve s. av. J.-C.
    Oppidum de Gailhan (40 km au nord-ouest de Nîmes),
    Fouillé de 1975 à 1988

    De forme rectangulaire, l’habitation est construite en blocs calcaires non taillés liés à la terre. La toiture se composait probablement d’un lattis de planches et de branches recouvert de torchis, reposant sur des poutres. Une cloison en matériaux périssables divise l’espace intérieur en deux pièces distinctes desservies par l’unique porte. Elles sont aménagées d’une banquette accolée à la plupart des murs. Le sol est constitué d’une couche d’argile damée.

    Une pièce est dédiée au stockage et à la préparation de la nourriture, comme l’indique le mobilier remarquablement conservé : jarres de stockage des céréales (dolia), pots pour la cuisson ou la présentation des aliments, cruches pour les liquides, coupelles pour boire et deux dalles en pierre pour moudre les céréales. De nombreux déchets alimentaires ont été retrouvés dans cette salle.

    L’autre pièce constitue le lieu de vie des habitants, pour la consommation des repas et le repos. Un foyer central, composé d’une sole en argile, fournit l’éclairage et le chauffage de la pièce et des aliments.

    La cour attenante, non couverte, fait partie intégrante de l’espace de vie. Ses aménagements sont matérialisés sur le sol du musée par la reproduction des relevés des vestiges fouillés. Contre le mur se trouve une large banquette destinée au séchage des denrées alimentaires. Un petit bâtiment rectangulaire a pu servir d’abri aux animaux d’élevage. Un foyer culinaire, protégé du vent par un muret, occupe une autre partie de la cour.

    L’ensemble maison et cour occupe une surface de 70 m2 et s’inscrit dans la tradition architecturale locale de l’époque. Une famille pouvait y vivre en produisant tout ce qui lui était nécessaire. Cependant, certaines céramiques témoignent d’échanges commerciaux avec l’extérieur, notamment avec la ville grecque de Massalia (Marseille).

  • Tombe de la nécropole des Marronniers

    Tombe de la nécropole des Marronniers

    Bronze, fer, céramique
    Deuxième quart du Ier s. av. J.-C.
    Beaucaire, nécropole des Marronniers
    Découverte en 1960
    Inv. 960.11.1 à 960.11.40

    Ugernum, la ville romaine de Beaucaire, faisait partie du territoire de la cité de Nîmes.

    Trois nécropoles d’importance y ont été découvertes, à proximité de la Via Domitia : les nécropoles des Colombes, du Sizen et des Marronniers.

    Celle des Marronniers, la plus récente, a été découverte en 1960 lors de travaux de terrassement pour la construction d’un lotissement. Le contenu de la tombe 19 a pu être sauvé du pillage in-extremis et prélevé par Victor Lassalle, alors conservateur des musées de Nîmes.

    Le mobilier de cette sépulture est particulièrement riche : deux situles (grands vases) et un simpulum (type de louche) en bronze, deux strigiles en fer, une lampe à huile, un anneau, une lame de couteau, un grand ensemble de céramiques campaniennes, deux urnes, trois olpé (petite cruche) et deux grandes amphores italiques. Ce mobilier témoigne d’une évolution des pratiques funéraires probablement liée à la romanisation progressive de la région.

Époque romaine

  • Médaillon de Cavillargues

    Médaillon de Cavillargues

    Terre cuite
    IIe-milieu du IIIe s. ap. J.-C.
    H. 16,8 x l. 16,1 x P. 3,5 cm
    Cavillargues (Gard)
    Découverte en 1845
    Inv. 2013.0.2

    Ce médaillon d’applique appartenait à un vase fermé, sans doute un modèle de cruche, en céramique sigillée typique de la vallée du Rhône aux IIe et IIIe s. ap. J.-C. Ces médaillons étaient moulés à part, puis collés aux vases à l’aide de barbotine (argile fluide).

    Plusieurs auteurs ont tenté de trouver une fonction spécifique à ces vases : prix pour des vainqueurs de concours, souvenirs vendus dans des lieux de spectacle, objets offerts lors des fêtes de fin d’années, de mariages.

    Le médaillon de Cavillargues est découvert en 1845 dans une tombe : il avait été retaillé et utilisé comme couvercle d’une urne funéraire.

    Il représente un combat entre deux gladiateurs : à gauche, XANTHUS, un rétiaire, gladiateur légèrement armé, équipé d’un trident, d’un filet et d’un poignard pointu (pugio) ; à droite, ÉROS, un secutor, gladiateur plus lourdement armé, équipé d’un glaive court, d’un bouclier rectangulaire (scutum) et d’un casque à cimier arrondi. Les combattants sont placés sur une estrade solidarisée par des croisillons (pontus). Deux porteurs de pancartes font le tour de l’arène et nous renseignent sur les noms des gladiateurs, leur école et leur nombre de victoires (couronnes).

    Derrière les deux adversaires se trouvent l’arbitre principal (summa rudis) à droite, reconnaissable au long bâton qu’il tient de la main droite et l’arbitre auxiliaire (secunda rudis) au centre. L’arbitre principal arrête le combat, en annonçant que les deux concurrents vont sortir debout (stantes missi), c’est-à-dire vivants, tous les deux.

    Sur le registre supérieur se trouvent quatre personnages avec à leur gauche l’inscription Stantes missi. Au centre trônent les deux gladiateurs que le combat n’a pas pu départager. Sur les côtés, les joueurs de trompette et de corne déclarent l’ex æquo. Ils accompagnent en musique la sortie de l’arène des deux champions.

  • Frise aux aigles

    Frise aux aigles

    Marbre
    Ier ap. J.-C.
    Provenance : Nîmes
    Date d’acquisition : inconnue
    1-Inv. 884.32.1 ; 2-Inv. 2018.arc.2 ; 3-Inv. 2018.arc.3 ; 4-Inv. 2018.arc.4 ; 5- Inv. 2018.arc.7 ; 6-Inv. 2018.arc.8

    Les blocs de la frise aux aigles sont parmi les rares éléments de la parure ornementale de la Nîmes antique, réalisés en marbre, qui soient parvenus jusqu’à nous. Utilisés en remplois dans les constructions médiévales de la ville, on les a redécouverts progressivement au fur et à mesure de travaux de réaménagements urbains. Certains sont déjà cités au XVIe siècle par Jean Poldo d’Albenas. Sur une grosse dizaine d’exemplaires connus aujourd’hui, le Musée de la Romanité en expose six.

    Sur cette frise, se développent des couples d’aigles aux ailes déployées reliés par une guirlande de feuilles de laurier dont chacun tenait une des extrémités dans son bec. L’aigle, est l’animal de Jupiter et le symbole de sa souveraineté sur le monde. Son image est reprise par l’empereur romain qui est à la fois le représentant de Jupiter sur terre, et une sorte de Jupiter terrestre. Le laurier, plante d’Apollon, symbolise la victoire comme le montre la couronne de laurier que les généraux portaient, par exemple, lors des triomphes. Le premier empereur, Auguste, fait d’Apollon sa divinité protectrice et développe l’idéologie de la victoire apollinienne. La présence des guirlandes et des rubans est liée, quant à elle, à l’univers des rituels et montrent la destination religieuse du monument que décorait la frise. Ces motifs évoquent la pietas, vertu essentielle dans la société romaine. Elle fonctionne comme un contrat passé entre les dieux et les mortels qui, en l’échange de leur dévotion, espèrent recevoir des bienfaits divins.

    Ces symboles se diffusent, se pérennisent et s’adaptent dans tout l’empire. La composition de ce décor se retrouve dans d’autres monuments romains du sud de la Gaule, à Orange, Arles et Narbonne. Elle semble être une spécificité de cette région. Le gabarit de ces blocs d’environ 60 cm de haut sur 100 cm de large permet de considérer que le bâtiment qu’ils décoraient était de très grande envergure : environ 8 m de haut. Malheureusement, aucun indice ne permet aujourd’hui d’identifier la nature de l’édifice en question. Il pourrait s’agir d’un temple, d’un théâtre ou d’un arc de triomphe.

  • Fresque avec un héros au repos

    Fresque avec un héros au repos

    Chaux, sable ou poudre de marbre, pigments
    30-40 ap. J.-C.
    H. 381 cm x l. 273 cm
    Nîmes, site Solignac/Villa Roma (proximité des Jardins de la Fontaine), domus 10
    Découverte en 1991-1992
    Inv. 993.1.1.0

    Cette fresque est dans un état de conservation exceptionnel.

    La zone principale présente un tableau encadré d’une bande noire, qui se détache nettement du fond rouge. Un personnage masculin tenant un épieu est assis sur une draperie posée sur un rocher. À l’arrière-plan apparaissent des édifices, dont un bâtiment à colonnade. Le personnage de cette scène mythologique n’est pas identifié avec certitude. L’épieu oriente cependant vers un chasseur : Adonis, Céphale ou, plus probablement, Hippolyte.

    En zone basse, on retrouve une frise de personnages caricaturaux. Selon un schéma iconographique classique, la carnation est plus foncée pour les figures masculines que féminines.

    Les deux premières scènes à partir de la droite évoquent une parodie d’ébats amoureux. Sur la scène suivante, une femme agenouillée tend les bras vers une statue posée sur un piédestal, tandis qu’un guerrier la tire par les cheveux. Il s’agit d’un épisode de la guerre de Troie : le Grec Ajax entraînant la Troyenne Cassandre lors de la prise de la ville.

    Enfin, la scène centrale dépeint un personnage féminin enchaîné, les bras levés, devant l’entrée d’une grotte. On reconnaît l’épisode mythologique d’Andromède livrée au monstre marin Céto qui ravage le pays de son père. Persée, amoureux d’elle, la sauvera. C’est la seule scène où le personnage est présenté en position frontale et non pas de profil comme sur les précédentes.

  • Statue fontaine de Neptune

    Statue fontaine de Neptune

    Calcaire
    Deuxième moitié du IIe s. ap. J.-C.
    H. 150 x l. 54 x P. 64 cm
    Nîmes, fouilles du parking avenue Jean-Jaurès
    Découverte en 2006
    Inv. 2011.1.1

    La statue représente Neptune, dieu des mers et des sources mais aussi de la navigation. Les lacunes peuvent être restituées avec un dauphin sur l’avant-bras droit, un trident dans la main gauche, la jambe droite fléchie, le pied posé sur le socle en forme de proue de navire, un pan de manteau passant par-dessus la cuisse. Le manteau et la proue de navire conservent des traces de pigments colorés.

    Elle a été découverte en 92 fragments et a nécessité un long travail de restauration avant d’être présentée au musée.

    Ce type de Neptune, inspiré par un modèle grec du sculpteur Lysippe ou de son école, a été copié sur différents supports et différents formats jusqu’à la fin de l’Antiquité.

    La statue de Nîmes surplombait un bassin dans la cour d’un édifice construit au Ier s. av. J.-C. et abandonné vers 275 ap. J.-C. Au moment de l’installation de la statue, il semblerait que le bâtiment servait de schola à la corporation des nautes, probables commanditaires de l’œuvre, qui ont fait appel à un atelier local pour sa réalisation.

    L’eau arrivait à l’arrière du socle en forme de proue de navire avant de se verser dans le bassin. Celui-ci comprenait quelques marches sur le côté permettant de descendre jusqu’à l’eau. Ces dispositifs ont probablement servi pour des ablutions lors de cérémonies religieuses organisées par la corporation qui se mettait ainsi sous la protection du dieu des eaux.

  • Mosaïque de Penthée

    Mosaïque de Penthée

    Pierre, calcaire, marbre, verre, argile
    IIe s. ap. J.-C.
    L. 742 x l. 481
    Nîmes, parking Jean Jaurès
    Découverte en 2007
    Inv. 2007.1.1

    Les fouilles réalisées en 2006-2007, en amont de l’aménagement du parking souterrain de l’avenue Jean-Jaurès ont révélé une grande domus appartenant à un membre de l’élite de la Nîmes antique. Une des salles de réception qui rayonnaient autour de la cour à portique de la maison était richement décorée. Elle a livré les vestiges de peintures à fresques qui ornaient les murs. Le sol, quant à lui, accueillait un exceptionnel pavement de mosaïque en opus tessellatum.

    Son décor se compose de vingt-neuf médaillons de tailles et de formes différentes, délimités par un réseau de tresses. Le médaillon central représente une scène mythologique, inconnue jusqu’alors en mosaïque. Il s’agit du meurtre du roi de Thèbes, Penthée, par sa mère Agavé, une scène relatée notamment dans la célèbre tragédie grecque d’Euripide : Les Bacchantes. Le roi Penthée, résolu à s’opposer à la tenue de fêtes dionysiaques auxquelles seules les femmes sont conviées, se retrouve le témoin de rites qui lui sont interdits en tant qu’homme. La vengeance du dieu se traduit par la folie de la mère du roi qui, le prenant pour un animal sauvage, lui ôte la vie au moyen d’un thyrse.

    Dionysos (le Bacchus romain), le dieu du vin, n’est pas directement représenté sur la mosaïque mais de nombreux éléments y font référence : Ménades (les suivantes du dieu), masques de théâtre, personnifications des Saisons, oiseaux sauvages. Le cratère (vase du banquet par excellence), qui accueille le visiteur à l’entrée de la pièce, évoque la consommation du vin, centrale dans les rituels bachiques.

    La taille de cette mosaïque (35 m2) ainsi que son organisation s’accordent avec la fonction de la pièce. Il s’agissait d’une salle de réception dans laquelle, le maître des lieux devait prendre place à l’arrière, sur la partie du pavement décorée d’un damier. La décoration de ces espaces était destinée à impressionner le convive et à manifester l’érudition du propriétaire des lieux.

  • Vaisselle en verre

    Vaisselle en verre

    Cruche – représentée ci-dessus
    Verre bleu et blanc
    Ier-IIe s. ap. J.-C.
    H. 18,1 x D. 10,5 cm
    Nîmes, avenue Maréchal-Juin, ancienne route de Montpellier, tombe n° 127
    Découverte vers 1899
    Inv. 906.46.9

    Dès le IIIe millénaire av. J.-C., des objets de parure (perles, pendentifs) en verre sont fabriqués en Mésopotamie. Vers le XVes. av. J.-C., on commence à fabriquer de petits contenants en verre en Mésopotamie, puis en Égypte. Ces objets, dont le coût de fabrication est élevé, restent réservés à une clientèle fortunée.

    L’invention de la technique du soufflage vers le milieu du Ier s. av. J.-C. va modifier la donne : on produit de nombreux objets en peu de temps, réduisant ainsi leur coût. La vaisselle en verre se démocratise et devient accessible à tout un chacun. Naturellement imperméable, contrairement à celle en céramique, elle connaît un succès notable. La collection du Musée de la Romanité s’inscrit dans cette riche production.

    Cette collection, d’environ 1000 éléments, comporte de la vaisselle de table (assiettes, coupes, gobelets, tasses, cruches, bouteilles, entonnoirs), des contenants à parfums (balsamaires, fioles), des urnes funéraires, des objets liés aux loisirs comme les pions de jeux ou à des activités quotidiennes comme la filature de la laine (fusaïoles), ou encore des fragments de vitres de fenêtre. La production de ces objets est locale ou régionale.

    L’état de conservation remarquable de la plupart des objets est lié au contexte de découverte qui est, dans la plupart des cas, funéraire. Déposés dans des caissons funéraires (en pierre, en terre cuite), ils ont été protégés tant des risques de cassure que du recyclage, dont Pline l’Ancien nous parle dès le Ier s. ap. J.-C.

  • As de Nîmes ou le dupondius au crocodile

    As de Nîmes, dupondius au crocodile (troisième émission)
    Bronze
    10-14 ap. J.-C.
    D. 28 mm ; P. 11,90 gr.
    Provenance inconnue
    Inv. 2016.0.1137

    Nîmes possédait un atelier monétaire, d’abord en tant que chef-lieu des Volques Arécomiques, puis en tant que colonie latine. Auguste et Agrippa choisissent cet atelier pour produire un monnayage porteur d’un message politique, à diffuser en Gaule intérieure et en Germanie. La bataille d’Actium, gagnée par Octave (futur Auguste) grâce à son fidèle général Agrippa, marque la défaite de Marc Antoine et de Cléopâtre. Elle entraîne l’unification de l’Orient et de l’Occident sous l’autorité de Rome et le retour de la paix après des années de guerres civiles. Elle est également essentielle pour Octave Auguste car elle consacre son autorité, au-delà de sa filiation avec César. Cet évènement fera l’objet d’une grande propagande comme le montre l’iconographie de l’as de Nîmes.

    L’As de Nîmes est en réalité un dupondius (pièce de monnaie en bronze valant à deux as). Il a connu trois émissions : 28-27 av. J.-C. / de 9-8 à 3 av. J.-C / entre 10 et 14-15 ap. J.-C.

  • Tête d’Apollon

    Tête d’Apollon

    Bronze
    Fin du Ier s. av. J.-C.
    H. 38 x l. 22,5 x P. 28,5 cm
    Nîmes, derrière la gare, sur les bords du Vistre
    Collection Séguier
    Inv. 793.1.12

    Cette sculpture a été réalisée selon les caractéristiques du style grec du Ve s. av. J.-C., période de production des plus grands chefs-d’œuvre de l’Antiquité, particulièrement prisés par les Romains qui en ont fait réaliser de nombreuses copies.

    Les lacunes dans la chevelure et sur le front correspondent probablement à l’arrachement d’une couronne de laurier et de mèches de cheveux qui ont dû être élaborées à part. Il en est sans doute de même pour les yeux. Dans son Voyage dans les départements du Midi de la France publié en 1807, A.-L. Millin l’a décrite comme « une belle tête de bronze qui a les yeux d’argent ». Si l’argent des yeux a pu s’altérer et disparaître, la récupération relativement méticuleuse des parties de la couronne pourrait suggérer qu’elle était soit en bronze doré soit en or.

    La découpe du bas du cou indique que la tête a été détachée d’une statue qui, d’après les proportions, devait mesurer entre 1,90 et 2 m. Elle fait partie des rares grands bronzes des Gaules parvenus jusqu’à nous, comme Pacatianus de Vienne, Hercule de Bordeaux, Apollon de Lillebonne et Mars de Coligny.

    Le contexte archéologique de l’œuvre est perdu, mais sa qualité et ses dimensions en font un élément de décor d’un lieu public d’importance.

  • Stèle funéraire de Sextus Adgennius Macrinus et Licinia Flavilla

    Stèle funéraire de Sextus Adgennius Macrinus et Licinia Flavilla

    Calcaire
    70-100 ap. J.-C.
    H. 111 x l. 98 x P. 59 cm
    Nîmes, dans une maison voisine de l’amphithéâtre, côté nord et 44 rue Porte-de-France Découverte en 1823 et 1980 (coin supérieur gauche)
    Inv. 001.64.1

    Traduction
    « Aux dieux Mânes de Licinia Flavilla, fille de Lucius (Licinius), flaminique de l’Augusta ; aux dieux mânes de Sextus Adgennius Macrinus, tribun de la légion sixième la Victorieuse, quattuorvir pour dire le droit, pontife, préfet des ouvriers ».

    Cette stèle marquait l’emplacement de la tombe du couple représenté sur le relief. Par son décor et son inscription, elle est un exemple de sculpture commémorative romaine. Les choix iconographiques, costume, coiffure, attributs, attitude, ainsi que les dimensions imposantes du monument sont autant d’indices qui situent les défunts dans la société.

    Les coiffures, les boucles en « nid d’abeilles » de la femme et la frange roulotée de l’homme, permettent de dater la stèle dans les dernières années du Ier siècle et le début du IIe siècle.
    Les ornements sculptés sur les portraits sont symboliques des fonctions que les défunts ont exercées. Ils forment un dialogue avec le texte de l’inscription.

  • Groupe statuaire d’un jardin funéraire

    Groupe statuaire d’un jardin funéraire

    Calcaire du bois des Lens (Gard)
    Ier s. ap. J.-C.
    Nîmes, 135 route de Beaucaire
    Découverte en 1958
    Inv. 958.2.1 à 7

    Le musée expose six des huit statues qui composaient le groupe : deux nymphes, deux silènes, deux chèvres, un berger et un portrait masculin.

    Durant l’époque hellénistique (IIIe – Ier s. av. J.-C.), les figures de nymphes mais aussi de silènes se multiplient sous diverses variantes. L’apparition des nymphées et de la sculpture d’appartement durant cette même période n’est pas étrangère à ce développement. Ces divinités, ainsi que les chèvres, tous membres du cortège de Dionysos, et leur riche iconographie y sont particulièrement appréciées, apportant fantaisie et animation.

    La statue de berger, mélange éclectique des figures de Pan, d’Orphée et de Silvain, ajoute une touche champêtre à l’ensemble. Le combat de son chien avec le serpent, le lézard rampant sur le côté et le petit animal blotti dans le giron apportent du pittoresque à la scène.

    Le groupe nîmois s’intègre parfaitement dans la mode de la statuaire de genre et de la statuaire d’appartement qui se diffuse dans toutes les provinces romaines durant l’époque impériale. Ce type de décor est un indispensable à toute domus (riche maison urbaine) et à son jardin.

    Le tombeau et son enclos étant conçus comme la demeure du défunt, son aménagement et son décor s’inspirent des maisons des vivants. Aux peintures et aux sculptures peuvent donc s’ajouter un triclinium, parfois muni d’un four, pour les banquets donnés en l’honneur des défunts, un cadran solaire, symbole du temps qui passe inexorablement, et un jardin, potager ou d’agrément, complété d’un puits.
    Ces jardins funéraires évoquent les Champs-Elysées, les îles des Bienheureux accueillant les défunts, selon une croyance d’origine romaine diffusée dans toutes les provinces. Le jardin est le symbole d’espoir d’une vie idyllique après la mort.

Époque médiéval et legs

  • Sarcophage de Valbonne

    Sarcophage de Valbonne

    Marbre blanc
    VIe s. ap. J.-C.
    L. 212 x H. 78 x P. 78 cm
    Saint-Paulet-de-Caisson (Gard), Chartreuse de Valbonne
    Don en 1923
    Inv. 923.3.1

    Ce sarcophage en marbre blanc, daté du haut Moyen Âge, provient de la Chartreuse de Valbonne au nord du Gard. Il présente un décor caractéristique de la production dite de « l’école d’Aquitaine » qui a livré une importante série de sarcophages en marbre blanc des Pyrénées richement décorés alliant figure humaine et ornementation végétale.

    La face principale du sarcophage est organisée en une série de sept cadres séparés par des pilastres. Le panneau central est occupé par une représentation du Christ, debout, légèrement déhanché, vêtu d’une tunique et d’un manteau, tenant dans ses mains le rouleau de la Nouvelle loi. Aux extrémités, deux apôtres, habillés de la même manière, se tournent vers lui. Ils tiennent dans leur main un volumen et ont pu être parfois identifiés comme Pierre et Paul. Les quatre autres cadres présentent des décors végétaux : développement de feuilles d’acanthe et enroulement de pampres de vigne. Ces derniers ornent également les petits côtés de la cuve courant tout autour d’un motif floral inscrit dans un cercle.

    Sur le couvercle, organisé en quatre sections, le décor est construit autour du monogramme du Christ (le chrisme), représenté inversé. La face arrière est, quant à elle, sculptée de rangées de demi-cercles imbriqués, en écailles de poisson.

    La production de ce type de sarcophages est restée circonscrite dans le temps et dans l’espace. Elle s’est étendue entre le Ve et le VIIe siècles et s’est diffusée dans le bassin de la Garonne et jusqu’au Rhône. Il se caractérise par une cuve de forme évasée et un couvercle prismatique à quatre rampants.

    L’histoire de cette œuvre est mouvementée. Il semble qu’au XVIIIe siècle elle était déjà conservée à la Chartreuse de Valbonne avant d’être confisquée à la Révolution puis restituée vers 1826. Au début du XXe siècle, après la liquidation de la congrégation des Chartreux, il est question de vendre le sarcophage. Le musée archéologique de Nîmes se manifeste, mais c’est finalement le galeriste Demotte qui l’acquiert. Émile Espérandieu, alors conservateur du musée de Nîmes, négocie avec son nouveau propriétaire et le convainc d’offrir le sarcophage – qu’il destinait au Metropolitan Museum de New York – à la cité nîmoise…

  • Relief au combat de monstres

    Relief au combat de monstres

    Calcaire
    2<sup>e</sup> moitié du XII<sup>e</sup> s.
    L. 95 cm x H. 40,5 cm x E. 30 cm
    Provenance inconnue
    Inv. 2015.scu.38

    Au XVIII<sup>e</sup> siècle, ce relief décorait la cour de l’hôtel particulier du collectionneur nîmois M. de Massip, avocat du roi, où il côtoyait des éléments d’architecture et des inscriptions antiques.

    Il représente un combat opposant deux monstres hybrides sculptés en haut relief.
    Un hippogriffe (animal cousin du griffon), mi-cheval et mi-aigle, se trouve à droite. Il tient dans ses serres puissantes l’arrière-train de son adversaire situé à gauche. Ce dernier, sorte de reptile ailé, tourne sa tête pourvue d’une large mâchoire vers son attaquant. La torsion de l’animal est soulignée par les lignes de trous de trépan qui courent tout le long de son corps.

    Cette œuvre, dépourvue de comparaison locale ou régionale, a probablement été réalisée par le sculpteur italien Benedetto Antelami, qui a exécuté les décors de la cathédrale de Parme en 1178, de la cathédrale de Fidenza entre 1180 et 1190 et du baptistère de Parme en 1196.

    Le sculpteur aurait voyagé dans le sud de la France jusqu’à Perpignan, probablement à l’occasion d’un pèlerinage à Compostelle. Le relief nîmois a pu être produit après les sculptures de la cathédrale de Fidenza et avant celles du baptistère de Parme, d’autant que certains motifs iconographiques présents dans ce baptistère semblent inspirés d’exemples de Perpignan et de la cathédrale de Maguelone.

    L’édifice et le décor dans lequel s’insérait ce relief ne sont pas connus. Plutôt qu’un élément de frise, il a pu faire partie d’une composition le présentant avec un autre bloc qui constituerait un pendant mais dont la scène serait inversée.

  • Amphore avec Héraclès au lion de Némée

    Amphore avec Héraclès au lion de Némée

    Amphore attique à figures noires
    Terre cuite
    Vers 490 av. J.-C.
    H. 25,7 x D. 16,4 cm
    Provenance inconnue
    Inv. D.863.1.10

    Entre 1830 et 1850, le marquis Giampietro Campana, passionné de l’Antiquité, rassemble une très riche collection, constituée en grande partie d’objets archéologiques provenant surtout d’Italie centrale. Également directeur du mont-de-piété de l’État Ppontifical, il va profiter de sa charge pour soustraire 800 000 écus des caisses de la banque afin de financer l’enrichissement de sa collection. En 1858, ses agissements sont découverts : il est condamné à vingt ans de travaux forcés (commués en exil).

    Sa collection est confisquée et vendue pour récupérer les sommes dérobées. Napoléon III en rachète la majeure partie (plus de 10 000 objets). Les pièces jugées les plus intéressantes seront conservées au musée du Louvre.

    La collection est tellement vaste que l’État constitue des lots qu’il met en dépôt dans plusieurs musées de province, pour permettre à toute la population de voir des objets archéologiques provenant directement d’Italie et de Grèce. Le musée archéologique de Nîmes reçoit en 1863 quatre-vingt-onze objets appartenant à cette collection.

    L’amphore d’Héraclès est une céramique attique à figures noires, produite à Athènes entre le VIe et le milieu du Ve siècle av. J.-C.. Entièrement décorée, deux sujets mythologiques occupent sa panse. Sur un côté, Héraclès est en train de se battre contre le lion de Némée, dont le cuir ne pouvait être transpercé. Tuer cette bête et ramener sa peau constitue le premier de ses 12 travaux. Le combat touche à sa fin : le lion est en train de succomber à la puissante étreinte du héros. Son manteau et les armes (arc, carquois, massue) sont suspendus aux branches d’un arbre. Sur l’autre face, Dionysos, assis, lève un canthare (coupe à vin). Devant lui, une Ménade, femme de son cortège, se retourne et semble vouloir attraper une des anses du vase.

  • Askos de la collection Séguier

    Askos de la collection Séguier

    Bronze, argent
    50 av. J.-C.-100 ap. J.-C.
    H. 19 x L. 20 x l. 11,3 cm
    collection Séguier
    Inv. 793.1.21

    Jean-François Séguier, savant et érudit nîmois du XVIIIe siècle (1703-1784), a constitué une riche collection archéologique. L’épigraphie était son domaine de prédilection. Il rassemble toutefois dans son hôtel particulier des objets du quotidien, dont un remarquable askos en bronze. En 1778, il lègue ses collections archéologiques à l’Académie royale de Nîmes : elles sont à l’origine des collections des musées de Nîmes.

    L’askos du Musée de la Romanité provient vraisemblablement de Campanie (Italie), région où ces vases de luxe ont été fabriqués entre le milieu du Ier siècle av. J.-C. et la fin du Ier siècle ap. J.-C.

    Son anse présente un décor élaboré : la poignée prend la forme de motifs végétaux, peut-être des feuilles d’acanthe qui s’enroulent en partie haute pour constituer un poucier. En partie inférieure, elle se termine avec une tête de canidé. L’applique, qui assure le contact de l’anse avec la panse, représente une tête de satyre, personnage mythologique mi-homme mi-bouc, appartenant au cortège du dieu Dionysos. Il a un visage rond et joufflu, des grands yeux recouverts d’argent, un nez épaté, une large bouche aux lèvres charnues, des oreilles pointues une coiffure composée de mèches hirsutes.

    Cet askos est au cœur d’une histoire impliquant le Président des États-Unis, Thomas Jefferson. Ce dernier, en visite à Nîmes en 1787, est tellement impressionné par la beauté de cet objet, qu’il en commande une copie pour l’offrir à l’architecte nîmois Charles-Louis Clérisseau. Ce dernier avait contribué à dessiner le projet du Capitole de Richmond (Virginie, États-Unis), inspiré de la Maison Carrée. Aujourd’hui, la Thomas Jefferson Memorial Foundation (Charlottesville, Virginie, États-Unis) conserve deux copies de l’askos, l’une en argent et l’autre en bois.

  • Maquettes d’Auguste Pelet

    Maquettes d’Auguste Pelet

    Maquette de la Maison Carrée
    bois, chêne liège, sable
    1840-1860
    L. 84,5 x H. 40 x l. 44 cm
    Création d’Auguste Pelet
    Inv. 2013.0.8

    Cet ensemble de maquettes, réalisé par Auguste Pelet, un des plus fameux antiquaires nîmois du XIXe siècle, est à la fois représentatif d’une pratique commune de son époque et caractéristique d’une nouvelle approche, plus scientifique de l’étude des monuments antiques.

    Auguste Pelet conçoit ses maquettes autant comme des documents scientifiques, capables de donner à voir l’image la plus fidèle possible d’un monument, que comme des outils pédagogiques à l’usage des amateurs. Il travaille donc dans le sens d’une recherche d’exactitude, en premier lieu sur les grands monuments romains du sud de la France, qui sont à sa portée immédiate : Maison Carrée, tour Magne, Pont du Gard… Il en réalise le relevé, directement sur le modèle et compose ensuite ses maquettes en atelier.

    En 1839, il présente un premier ensemble à l’exposition des produits de l’industrie et rencontre un succès tel que l’État lui achète la série pour l’École nationale des Beaux-Arts. Dans la foulée, l’État le finance pour un voyage en Italie et en Grèce afin qu’il puisse en observer les grands monuments antiques et les reproduire à leur tour.

    Malgré toute sa rigueur, il faut noter un certain nombre de biais dans sa production. Il restitue par exemple des parties d’architecture non visibles à son époque, supprime des restaurations qu’il juge mal avisées et efface également les structures médiévales de certains édifices, pourtant alors toujours en place.

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